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TEXTE EN PROSE DE FRANçOISE ASCAL

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CES TEXTES SONT EXTRAIT DU RECUEIL  » LE CARRE DU CIEL » ECRIT PAR FRANçOISE ASCAL.

1988

JANVIER

on voudrait parfois écrire avec un couteau. on voudrait se trancher les veines, non pour mourir, mais pour qu’enfin coule le sang des mots, l’encre du corps trop longtemps retenue en soi et dont seul un geste violent pourrait libérer le flux.

violence à la mesure du silence à traverser, à la mesure de l’engluement toujours possible, paroles qu’il faut arracher du fin fond de la glaise pourrissante, paroles du marécage ancien, de la glèbe commune, précaires comme fleurs de tourbe, en voie de disparition sitôt que nées.

SEPTEMBRE

entretenir le feu, ramasser les fruits, travailler au jardin, écouter une cantate de Buxtehude ou lire quelques pages soigneusement choisies. réussir une journée comme celle-ci, dans le plaisir continu, dans la saveur de gestes simples, dans le sentiment d’amour envers la vie, m’est aussi précieux que réussir un poème.

1990

JANVIER

j’ai beaucoup erré. beaucoup arpenté . couvert un vaste territoire. mais rien, jamais nulle part. ce savoir-là, celui du « rien » devient pierre de touche, et de là une certaine force s’organise. le désespoir transmué en lucidité agissante.

 

Bram van Velde. humilité. jeunesse et malice indestructible chez ce vieillard. présence d’un feu intérieur qui a tout consumé, qui semble avoir dégagé l’âme de son  » étui », de ce corps lui-même métamorphosé, non plus chair avilie par les années, mais ivoire ou bois poli.

 

DECEMBRE

peu avant de disparaitre, K.Mansfield réclamait de la sévérité à son mari chargé d’effectuer des choix de textes à publier. elle semblait savoir parfaitement que nombre de pages étaient sans grand intérêt. c’est peut-être lui faire insulte que de révéler la part de travail secret, le laboratoire d’écriture, l’atelier intime. lettres, carnets, phrases jetées négligemment sans le souci du regard de l’autre sont aujourd’hui livrés en pâture à des milliers d’exemplaires.

 

neige. les coups d’œil jetés par la fenêtre sur les grands arbres et la mare se font de plus en plus fréquents, insistants. on sent comme un appel. s’installer face à la haie et contempler longuement l’espace. lignes rondes et souples, masses blanches et saillies noires, flancs de souches ou troncs dressés dans leur sombre nudité. furtifs mouvements de vie captés au sein de ce climat d’éternité, envol d’un oiseau, passage d’un chat, branches qui s’égouttent.

le ciel descend très bas, se mêle aux champs et vergers voisins. pas d’horizon. un léger brouillard envahit l’espace. on pressent déjà le déclin du jour. inutile de chercher à percer le lointain. ici, c’est ici que les choses se passent, dans cette proximité étrange qui confond les distances. ici, me souffle le paysage, métaphore de la vie même.

 

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